Cancer et évolution #1 [en]

Vidéo sur Projet International de Recherche CANECEV

Le Projet International de Recherche CANECEV récompensé par deux bourses de recherche

Le Projet International de Recherche CANECEV (Cancer Ecologie et Evolution), inauguré lors de la visite du président Emmanuel Macron en Australie en mai 2018, a été sélectionné par l’ANR pour recevoir une bourse de 536 133,60 € pour son projet de recherche « Ecologie et évolution des cancers transmissibles », mais également par l’ARC, l’équivalent australien, pour un projet d’étude de l’évolution des capacités immunitaires chez les animaux sauvages, projet grâce auquel il recevra 300 000 Au$ sur 3 ans.

Le Prof Fréderic Thomas (CNRS), et le Dr Beata Ujvari (Deakin University), les deux codirecteurs de ce LIA et membres AFRAN, vont mener des recherches pour comprendre pourquoi des cancers transmissibles émergent, comment ils évoluent, quels sont leurs impacts sur l’écologie et sur l’évolution, et comment gérer ou réduire leurs effets… Ils étudient en particulier l’occurrence des cancers transmissibles dans la nature chez le diable de Tasmanie, un vertébré ayant une population et une diversité génétique réduites, et chez la moule, un invertébré ayant une population et une diversité génétique étendues. Les données recueillies permettront d’identifier les caractères communs et spécifiques de l’émergence de ces cancers transmissibles. Ils étudient également la réponse immunitaire du diable de Tasmanie en réponse à la tumeur faciale transmissible dont souffre cette espèce. Ils s’intéressent enfin à la différence d’expression des gènes immunitaires chez les populations captives et celles en liberté afin de comprendre le rôle de l’adaptation génétique et phénotypique de l’hôte affecté.

Ces projets combinent oncologie, écologie, immunologie, épidémiologie, et biologie de l’évolution, autant de domaines qui n’ont, jusqu’à récemment, pas développé beaucoup de passerelles entre eux. Appliquer les principes évolutionnistes et les approches écologiques à l’étude des cancers, permettra une autre compréhension de la maladie, et de son évolution, mais devrait également améliorer la prévention et les thérapies. Ces études transdisciplinaires révèleront la teneur écologique et évolutionniste de la biologie des cancers, et rassembleront des mathématiciens, des biologistes cellulaires, des biologistes de l’évolution et des écologistes du comportement.

Les bourses de recherche attribuées au laboratoire sont une reconnaissance formidable de cette collaboration franco-australienne, et de l’importance de la recherche qui y est menée. Elles permettront de développer les compétences transversales nécessaires en France et en Australie en impliquant plusieurs étudiants dans des projets bilatéraux.

Des découvertes étonnantes sur le cancer

En s’attaquant au cancer avec l’angle de la science de l’évolution, on met en lumière le caractère évolutif de la maladie, qui par exemple lui permet de développer des résistances aux traitements anti-cancéreux les plus agressifs. Le cancer relève des mêmes mécanismes que nos cellules qui se spécialisent et se différencient en activant différentes parties du même génome. Elles le font selon un programme précis qui conduit par exemple de l’œuf fécondé à un bébé au bout de neuf mois. Mais le programme suivi par les cellules cancéreuses reste encore à découvrir.

Une hypothèse consiste à dire que le cancer correspondrait à la réactivation de programmes ancestraux sélectionnés pendant le Précambrien par les organismes unicellulaires qui survivaient grâce à une reproduction rapide souvent dans des conditions difficiles. Les organismes, devenus par la suite multicellulaires auraient hérité de ces programmes devenus inutiles, et leur réactivation accidentelle conduirait au développement de la maladie.

L’évolution des organismes n’a pas détruit ces anciens programmes, parce que cela aurait été trop coûteux en énergie. La sélection naturelle favorise non pas la survie, mais la reproduction. A l’échelle de l’évolution, il vaut mieux être vulnérable au cancer en s’étant reproduit auparavant, que complètement résistant sans avoir la capacité de se reproduire tant la résistance serait coûteuse en énergie. Ainsi, des processus oncogéniques, c’est-à-dire favorisant le développement des cancers, se maintiennent dans nos organismes, et nous avons en permanence des cellules précancéreuses, voire cancéreuses, avec lesquelles nous vivons.

Ces études peuvent ainsi faire évoluer les thérapies en proposant de nouvelles voies. Par exemple, en favorisant les défenses naturelles du corps pour que le système immunitaire cible mieux les cellules cancéreuses, ou en les épuisant par le biais de fausses attaques telles que des faux médicaments déclenchant leurs mécanismes de résistance, ou de faux signaux déclenchant leurs mécanismes de réparation de leur ADN… D’autres études portent non plus sur le combat contre les cellules cancéreuses, mais sur les conditions d’apparition de microenvironnements favorables à leur croissance.

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Dernière modification : 04/06/2020

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