Caractériser l’hétérogénéité des tumeurs pour mieux les traiter #ST62 [en]

Hétérogénéité cellulaire des tumeurs : un frein dans le traitement des cancers

Les tumeurs sont des amas de cellules qui prolifèrent de façon anarchique en raison d’altérations multiples, en particulier au niveau génétique. Les récents progrès dans le déchiffrement de ces altérations ont permis de développer de nouveaux composés ciblés visant à traiter les cancers avancés, et qui ont conduit au développement de quelques thérapies anticancéreuses individualisées. Malheureusement, la performance de ces thérapies ciblées n’a pas atteint les attentes initiales et les tumeurs avancées réapparaissent fréquemment après l’arrêt du traitement, entraînant des taux de survie très faibles pour les patients.

Les différences génétiques et post-génétiques entre les cellules d’une même tumeur sont une des raisons expliquant le manque de performance des thérapies ciblées. Certaines cellules peuvent en effet présenter des caractéristiques moléculaires leur permettant d’être plus résistantes à une thérapie. Ainsi, alors qu’un traitement donnera l’impression de soigner efficacement la maladie, ces quelques cellules résistantes persisteront, proliféreront, et donneront lieu à une nouvelle tumeur. La caractérisation de la diversité cellulaire au sein d’une tumeur est donc essentielle pour pouvoir la traiter efficacement.

Un laboratoire franco-australien pour mieux comprendre l’hétérogénéité des tumeurs

C’est sur cette problématique que travaillent les chercheurs du Laboratoire International Associé (LIA) Hétérogénéité des Tumeurs dans les Cancers Métastatiques. Soutenu par l’INSERM et codirigé par le Prof. Frédéric Hollande de l’Université de Melbourne en Australie, et par les Prof. Alain Puisieux et Patrick Mehlen du Centre de Recherche sur le Cancer de Lyon (CRCL) en France, ce laboratoire franco-australien a comme objectifs :

  1. D’analyser l’impact de l’hétérogénéité intra-tumorale sur la réponse aux thérapies ;
  2. De caractériser les mécanismes moléculaires impliquées dans la résistance aux traitements des cellules tumorales ;
  3. De cibler les mécanismes ainsi caractérisées pour prévenir les rechutes post-traitement.

Depuis sa date de création en Juillet 2017, ce laboratoire franco-australien a ainsi permis de découvrir le rôle de plusieurs facteurs, tel que l’état de différenciation des cellules (Morel et al., Nat Med 2017) ou encore la teneur de la protéine Claudine (Pommier et al, 2020), dans la genèse et le maintien des tumeurs mammaires et colorectales. Récemment, les recherches menées par ce LIA ont de plus permis de mettre en évidence le mécanisme cellulaire de résistance à la chimiothérapie d’un sous-groupe de cancers colorectaux, ouvrant ainsi la possibilité de cibler ce processus afin d’empêcher la résistance, à des fins thérapeutiques.

Les LIA, véritables outils de coopération internationale

Mis en place par l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm), les LIA structurent la coopération scientifique autour d’un projet de recherche commun entre une équipe de recherche française de l’Inserm et une équipe internationale. Financé pour une période minimale de 4 ans, ces laboratoires permettent ainsi de faciliter les mobilités de chercheurs et d’étudiants entre les deux pays, tout en finançant une partie des recherches. Il existe actuellement plusieurs LIA en Australie, tel que le laboratoire APICOLIPID sur les maladies infectieuses avec l’Université de Melbourne, ou encore le laboratoire IntegrA sur l’autisme avec l’Institut Royal de Technologie de Melbourne (RMIT).

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Hétérogénéité des cellules de cancer colorectal métastasique. La coloration à l’aide de marqueurs fluorescents permet de tracer les cellules lors de leur prolifération. Crédit : C. Shembrey et Frédéric Hollande.

Dernière modification : 15/07/2021

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