Découvrez les FAC #ST11 [en]

Depuis 2017, l’Ambassade de France en Australie organise en partenariat avec le média en ligne The Conversation une série de conférences-débats intitulée The French Australian Conversations (FAC). L’objectif est de réunir universitaires et chercheurs publiant dans The Conversation France et Australie, de partager leurs expertises avec le grand public et d’initier un dialogue sur les grands thèmes d’actualité.

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Au cours des trois dernières années, les six éditions de la série ont impliqué de nombreux partenaires, dont les Alliances Françaises d’Adélaïde, de Brisbane et de Melbourne, le Bob Hawke Prime Ministerial Centre, les universités de Melbourne, de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) et d’Australie du Sud (UniSA). Elles se sont tenus dans plusieurs villes, principalement à Adélaïde et Melbourne, et ont abordé les thèmes du changement climatique et du développement durable (#FAC1), de l’impact des réseaux sociaux sur la sphère politico-médiatique (#FAC2), du mariage homosexuel (#FAC3), des fake news (#FAC4) et de la protection et de l’intégration des réfugiés (#FAC5).

La sixième édition a été le premier événement 100% en ligne, dans un effort de poursuite de la série malgré les restrictions sur les déplacements et les rassemblements liés au COVID-19. Elle a permis de rassembler des panélistes et des participants situés en Australie et en France, mais aussi de nombreux autres pays. Intitulé L’effet domino : Changement climatique et pandémies, ce FAC6 visait à aborder une réflexion sur le lien entre la crise COVID-19 et les crises du climat et de la biodiversité :

Tous les animaux abritent des virus et d’autres agents pathogènes, mais lorsque les pressions environnementales les forcent à entrer en contact avec les humains, les résultats peuvent être catastrophiques.
Les gouvernements ont démontrés qu’ils pouvaient prendre des mesures d’urgence immédiates et radicales, qui vont au-delà des préoccupations purement économiques, pour protéger le bien-être de tous. Et pourtant, bien qu’il ait été déclaré une urgence mondiale, le monde n’a toujours pas réussi à faire face au changement climatique et aux conséquences environnementales de notre quête de croissance économique
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Trois experts en maladies infectieuses et en santé environnementale ont été réunis : du côté australien, Fiona Armstrong (directrice et fondatrice de la Climate and Health Alliance) et le Dr Natasha Chassagne (chercheuse associée au Centre for Social Impact de l’université de Swinburne), et du côté français, le Dr Jean-François Guégan (directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, France) pour discuter des raisons pour lesquelles, pour la survie de l’homme, il est essentiel de relier la santé humaine, la civilisation et les systèmes naturels dont nous dépendons. L’événement était animé par Misha Ketchell, rédacteur en chef de The Conversation AU.

Cliquez ICI pour voir la retransmission sur Youtube

Dr Jean-François Guégan, Le monde « d’en dessous », une préoccupation pour votre civilisation
Directeur de recherche à l’IDR, Jean-François Guégan a évoqué le pouvoir accru des virus à franchir les barrières inter-espèces grâce aux activités humaines. Ces 30 dernières années ont vues de plus en plus d’infections zoonotiques apparaitre (provenant de la faune sauvage, mais aussi des animaux domestiques), et leur fréquence d’apparition augmenter également. Les modifications de l’habitat naturel (changements d’utilisation des terres, comme la déforestation ou l’agriculture) amènent de plus en plus d’espèces à devoir coexister, de sorte que les virus et les bactéries se transmettent plus facilement entre elles, et à l’homme s’il est présent. Notre mode de vie nous met donc de plus en plus en contact avec ce monde naturel composé de myriades de micro-organismes, et aujourd’hui ces contagions se répandent à grande échelle, mettant en danger non seulement les individus mais toute notre civilisation.

La réduction de ce risque est un défi complexe. Les biologistes et les bactériologues ont besoin de matériel, ils ne peuvent donc pas étudier les pandémies à moins qu’elles ne se produisent. Nous devons développer une approche de recherche en amont, et nous poser davantage de questions sur ce qui se passe dans les différentes conditions locales qui permettent à ces épidémies de se déclencher, plutôt que de compter uniquement sur une approche en aval comme la production de vaccins. Il faut également travailler sur le terrain avec les populations à haut risque pour le développement de leur agriculture, en calculant et minimisant les dangers.
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Dr Natasha Chassagne, Une chance de tout recommencer
Chercheuse sur les questions de durabilité, de bien-être et de développement au Centre for Social Impact de l’université de Swinburne, Natasha Chassagne nous a donné des exemples de la façon dont des visions du monde et des idées plus holistiques, telle que Buen Vivir, une philosophie latino-américaine, pourraient nous aider à atteindre la durabilité et le bien-être commun, en reconnaissant le lien vital entre la nature et notre santé. De même que plusieurs juridictions ont déjà reconnu légalement les droits de la nature (comme l’Équateur, dans le cadre de sa réforme constitutionnelle en 2008), notre société doit internaliser cette relation avec des politiques publiques plus efficaces et un changement de nos comportements vers une action collective en faveur du climat.

Beaucoup disent que COVID-19 représente un changement radical dans la façon dont les gouvernements et la société mettent en œuvre des actions pour répondre aux crises, avec des conséquences à la fois positives et négatives. En effet, pandémie et crise climatique touchent en premier lieu les plus vulnérables, aussi cette pandémie a mis en évidence les problèmes inhérents au système économique actuel, comme en témoignent la hausse massive des taux de chômage. D’un autre côté, un ralentissement de notre mode de vie a entraîné un ralentissement de l’économie, et par là une diminution incroyable des émissions de carbone. Au-delà des considérations économiques, cela a souvent signifié un plus grand rassemblement des communautés, renforçant ainsi la solidarité. Cet événement pourrait créer un précédent, si nous décidons que nous ne voulons pas revenir à la "normale" parce que c’est cette normale qui posait problème ; il faut plutôt lancer une politique de "décroissance" (en commençant en priorité par les secteurs les plus polluants), et se concentrer sur des secteurs de l’économie plus stables sur le plan social et environnemental, comme les soins de santé, l’assainissement, l’éducation, etc.
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Fiona Armstrong, Rêver notre avenir
Directrice exécutive et fondatrice de la Climate and Health Alliance (CAHA) en Australie, une coalition nationale de groupes de santé ayant pour mission de créer un puissant mouvement du secteur de la santé en faveur de l’action climatique, Fiona Armstrong a complété l’idée de profiter de l’occasion offerte par cette perturbation pour s’engager collectivement sur une voie différente. En période de perturbation, les gens sont prêts à envisager un changement plus radical qu’ils ne l’auraient fait autrement. Cette fenêtre est courte, et les gens peuvent vouloir revenir à la normale même si celle-ci n’était pas idéale. Cependant, nous sommes maintenant confrontés à l’impact que le changement climatique aura sur le long terme, et ignorer les crises sous-jacentes créera des crises encore plus importantes à l’avenir.

Les gouvernements ressentant la pression du retour au plein emploi, nous devons investir dans la reprise économique de manière à améliorer notre résilience sur les plans économique, social et culturel. Pour les personnes et les décideurs politiques pour qui nombre de ces concepts sont dénués de sens, nous devons réfléchir de manière plus créative afin de les rendre tangibles dans leurs rapports avec leur vie quotidienne. Par exemple, repenser l’urbanisme et la rénovation des quartiers sont des domaines parfaits pour repenser notre vision du monde et amener des changements positifs, en réduisant l’isolement social, en créant des espaces pour marcher, faire du vélo, cultiver des aliments, réduire les émissions de carbone, etc.
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Pour conclure, la période actuelle est un grand moment, autant pour les individus que pour la science. L’effet boule de neige destructeur de la déforestation et de l’agriculture intensive entraîne l’apparition voir la réapparition de maladies, même dans des pays développés comme l’Australie. De plus, alors que nous disposions autrefois de centaines de variétés de semences, chacune absolument adaptée à un contexte spécifique, nous dépendons aujourd’hui fortement de quelques-unes seulement. Si un virus, une bactérie ou un champignon devait apparaître, des cultures entières seraient susceptibles de disparaître et la famine s’ensuivrait. Nous devons réfléchir à des moyens d’identifier ces nouveaux dangers. La modification du statu quo doit passer par une meilleure recherche, et le terme "biodiversité" doit être pris en compte non seulement pour les différentes espèces végétales et animales, mais aussi pour leurs diversités génétiques.
Ces nouvelles approches sont aujourd’hui développées, par exemple par le biais de nouvelles disciplines comme le concept One Heath, afin de protéger la nature pour que la nature puisse nous protéger.

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Dernière modification : 24/07/2020

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