Discours de M. Jean-Yves Le Drian à la conférence « No Money for Terror II » [en]

Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères à la conférence « No Money for Terror II » (Melbourne, 7 novembre 2019)

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Merci Madame la Présidente, merci Marise,
Merci de tes propos amicaux et merci de la qualité de l’accueil.
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et représentants des organisations internationales,

Je tenais absolument à être là aujourd’hui car il est essentiel que nous donnions ensemble un prolongement aux efforts engagés, Marise l’a rappelé, à Paris en avril 2018, pour lutter contre le financement du terrorisme.

Aujourd’hui encore la menace est réelle, autant pour la sécurité de nos concitoyens que pour la stabilité de nos sociétés, et contre ce fléau, nous devons faire preuve d’une détermination sans faille et décider de continuer à agir ensemble de façon concertée, de façon cohérente, de façon efficace. C’est ce que nous faisons depuis plusieurs années en livrant bataille à nos ennemis directement sur le terrain. Je voudrais rendre ici un hommage appuyé à nos soldats, qui, chaque jour, risquent leur vie et qui parfois ont payé un lourd tribut dans ces batailles.

Grace aux succès engrangés en Irak, en Syrie et au Sahel, nous avons vu Al Qaïda et Daech reculer. Mais ne soyons pas naïfs, ces forces ne sont pas éliminées. La lutte contre Daech a permis d’obtenir sa défaite territoriale. Les derniers développements régionaux dans la région du nord-est syrien posent des questions sur la poursuite de nos efforts. Dans quelques jours, une réunion de la Coalition internationale se tiendra à Washington. Ce sera l’occasion de confirmer notre détermination commune à combattre Daech comme nous combattons Al Qaïda et des groupes terroristes sur d’autres cartes, notamment au Sahel. Mais ces efforts militaires ne suffiront pas, et c’est ça la prise de conscience que nous avons eue ensemble en avril de l’année dernière. Nous devons aussi isoler les terroristes en travaillant à assécher leurs sources de financement, et c’est encore plus vrai maintenant qu’un certain nombre de groupes terroristes, quittant la posture territoriale par nécessité, se s ont inscrits dans la clandestinité. À la clandestinité territoriale correspondra la clandestinité des financements. Et donc gardons-nous de toute naïveté. Dans ce domaine, nos ennemis font preuve d’une redoutable capacité d’adaptation. Ils ont appris, et nous le savons depuis longtemps, à orienter à leur profit les trafics, le banditisme et même certains flux économiques conventionnels.

La nouveauté, c’est que désormais, alors que nous avons pu les chasser de leurs territoires, ils investissent les nouveaux espaces financiers virtuels. Exploitant toutes les possibilités offertes par les nouvelles technologies, ils ouvrent des cagnottes en ligne pour amasser des fonds. Ils pervertissent la pratique ancestrale de l’hawala pour transférer de l’argent à l’autre bout du monde. Ils convertissent leurs ressources en crypto-monnaie.

Le défi que nous à relever collectivement est donc immense. Il est crucial que nous ne laissions aucun aspect de la lutte contre le financement du terrorisme de côté. C’est pour cela que la France avait pris l’initiative d’organiser en avril 2018 la première conférence « No Money for Terror » et de promouvoir l’adoption d’un agenda international global, en constituant une Coalition de Paris contre le financement du terrorisme, avec les dix engagements que vous connaissez, sur lesquels je vais revenir dans un instant. C’est pourquoi aussi, à notre initiative mais soutenu par l’ensemble des participants de la Coalition de Paris, nous avons agi pour que le Conseil de sécurité des Nations unies adopte le 28 mars dernier, c’était sous la présidence française, c’était sous ma présidence en réalité, nous avons pu faire en sorte que le Conseil de sécurité se dote d’une doctrine de référence avec la résolution 2462, une doctrine de référence et des éléments normatifs. C’est aussi pourquoi nous sommes réunis aussi aujourd’hui à Melbourne, pour assurer le suivi de la mise en oeuvre des engagements pris et votre présence ici, à travers les 70 pays et organisations internationales que vous représentez, montre la puissance de la dynamique que nous avons lancée. Et je tiens à remercier chaleureusement l’Australie et Marise Payne d’avoir repris le flambeau en organisant cette deuxième conférence. Je voudrais à ce propos redire combien j’ai apprécié, il y a un instant, son plaidoyer rigoureux pour une attitude commune concernant une autre source de financement, plus traditionnelle mais aussi redoutable, que sont les otages et la questions des rançons, et que nous puissions, dans cette instance que nous avons créée, aboutir à une posture commune rigoureuse, connue, affichée et respectée par tous.

Adopter les dix engagements formant l’agenda de Paris était un acte politique fort. Maintenant il nous faut faire preuve de la même détermination pour les mettre en oeuvre. Depuis un an, nous avons accompli des progrès importants.

1) La pénalisation du financement du terrorisme sous toutes ses formes est désormais une obligation internationale inscrite dans la résolution du Conseil de sécurité que j’ai citée, qui consacre également le rôle central du Groupe d’Action Financière Internationale, du GAFI, et en particulier sa vocation elle-même normative.

2) Les cadres nationaux pour améliorer la collecte, l’analyse et le partage des informations se sont renforcés, chacun a fait des efforts. Marise Payne vient d’expliquer comment l’Australie avait même revu son organisation. La France a fait de même, dans une nouvelle donne il faut que nous ayons une capacité d’efficacité et de transparence entre les différents acteurs qui travaillent dans nos pays pour que cela se fasse de manière très offensive.

3) La coopération internationale entre les services judiciaires, de police et de renseignement se densifie.

4) L’emploi des mécanismes nationaux et internationaux de gel et de saisie des avoirs contre des membres d’organisations terroristes s’est amplifié.

5) Nous avons réussi à faire tout cela en travaillant avec les acteurs humanitaires, qui pouvaient être interrogatifs sur leur propre capacité de financement. Nous avons faits en sorte que cette nécessité soit rappelée et qu’il n’y ait pas de confusion dans les genres.

Mais, au-delà des simples avancées constatées depuis Paris, nous devons absolument poursuivre nos efforts parce que la menace ne cesse d’évoluer, de prendre des formes nouvelles. Il nous faut continuer à avancer ensemble entre les États, les institutions multilatérales, les secteurs privés. Nous avons besoin de nous coordonner encore davantage et les axes que nous avons fixés à Paris au printemps dernier sont toujours d’actualité. Il faut les poursuivre de manière très ferme.
Je voudrais surtout, à ce stade, m’arrêter sur deux priorités qui me paraissent essentielles et urgentes. La première, c’est d’empêcher que les nouvelles technologies servent à financer le terrorisme. Pour cela, tous les États doivent mettre en oeuvre, au plus vite, les standards du GAFI permettant de lutter contre les détournements des actifs virtuels. Et alors que les grands acteurs du numérique annoncent le lancement de stable coins, nous devons anticiper au plus vite les risques que présente le développement de ce type d’actifs, de manière à prévenir l’usage que les groupes terroristes pourraient en faire, et ils ne s’en priveront pas.
La deuxième priorité, me semble-t-il pour nos travaux, c’est de renforcer l’appui de la communauté internationale aux pays qui ont le moins de capacités et qui sont les moins équipés pour lutter contre le financement du terrorisme, parce que ce sont dans ces failles-là que les acteurs ont trouvé des financements qu’ils ne peuvent trouver ailleurs. Et c’est d’autant plus nécessaire que ce sont souvent les mêmes pays qui sont les plus exposés à la menace terroriste. Donc, je souhaite vraiment que l’on puisse faire en sorte que les États les mieux dotés, à commencer par la France qui doit faire son propre effort sur le sujet, puissent soutenir l’action des organisations régionales de type GAFI et de faire en sorte de renforcer l’assistance technique aux pays qui en ont le plus besoin.

Je souhaite que les organisations internationales puissent accompagner ce mouvement en étant tout à fait dans la ligne de la résolution 2462 et d’un pas en avant je pense tout à fait considérable et qui est mis à l’actif de notre coalition « No Money For Terror ».

Voilà ce que je voulais vous dire dans ce propos en souhaitant que nous puissions continuer à agir ensemble. C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’hier, au moment où le terrorisme subit des contrecoups très significatifs, parce que c’est dans ces moments-là que les menaces de refinancement par différentes sources peuvent être plus dangereuses. Donc, c’est un message de grande fermeté que je voulais vous adresser. Je sais qu’il est partagé.

Merci./.

Dernière modification : 27/11/2019

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