Innovation agricole - Une approche nationale pour l’avenir de l’Australie #ST13 [en]

Le ministère australien de l’Agriculture et des Ressources en Eau a publié en mars 2019 un rapport proposant une vision sur l’avenir du système d’innovation agricole (agriculture, pêche et sylviculture) australien.

Ce rapport, annoncé en septembre 2018 par le Ministre David Littleproud, a été commandé au cabinet de conseil EY (Ernst & Young) dans le but de réaliser un travail de co-construction du futur à partir de trois sources de données : consultation des parties prenantes du système, superposition avec les futures tendances mondiales, et comparaison avec les systèmes de premier plan déjà en place dans le monde.

Le but annoncé est de hisser l’Australie à la première place mondiale dans le domaine de l’innovation agricole, assurant ainsi son image et sa place au niveau du marché économique international, ainsi que sa sécurité alimentaire et de l’emploi.

Principales thématiques du rapport :

Arguments en faveur d’un changement

  • Le système actuel est constitué d’institutions mises en place au cours du temps à l’échelle des Etats, des territoires et du Commonwealth. La configuration actuelle résulte de l’histoire de l’Australie, mais également de ses particularités géographiques et climatiques. Si celle-ci a assuré jusqu’à présent la force du domaine agricole australien, elle n’est plus adaptée pour répondre aux nouveaux enjeux mondiaux.
  • L’augmentation démographique, la sécurité alimentaire (parasites et maladies), les aléas climatiques (augmentation des températures et des évènements extrêmes), la durabilité des ressources (eau, terre agricole dû à la désertification et l’urbanisation) et les nouvelles attentes des consommateurs sont identifiés comme les principaux moteurs de changement.
  • L’émergence de nouvelles forces et de positionnements stratégiques font basculer les équilibres économiques actuels (capacités de productions intensifiées au Pays-Bas et aux Etats-Unis, marché tourné vers les produits de qualité supérieure en Nouvelle-Zélande, écosystème d’innovation Agri-tech attractif en Israël), de même que l’accroissement global de la demande et du niveau de vie de nombreux pays (clientèle Asie-Pacifique).
  • Le système actuel nécessite une adaptation de fonctionnement dans le but d’être plus productif, résilient et durable. La Fédération nationale des agriculteurs (NFF) s’est fixé l’objectif d’atteindre un bénéfice de 100 milliards de dollars d’ici 2030 du secteur agricole. Des mutations majeures seront essentielles pour l’atteindre.

Vision du futur

Les changements annoncés dans le secteur agricole seront dans le futur plus complexes et rapides, nécessitant un système de réponse agile et interdisciplinaire. Aussi, si l’Australie est reconnue pour ses excellentes capacités dans le domaine de la recherche, de multiples freins pour passer de la théorie à la pratique ont été identifiés, tel que l’absence de système d’innovation concerté à l’échelle du pays (initiatives isolées, buts productivistes, court-termistes et intérêts particuliers privilégiés).
Le but est de construire un système cohérent, soudé, orienté vers le futur et reconnu mondialement. Cette vision a déjà été échafaudée dans plusieurs autres rapports d’acteurs du système actuel (NFF, CSIRO, départements de R&D, Académie des Science, SIA, …).

Recommandations et feuille de route proposée

Le rapport propose 5 recommandations clef, indépendantes du détail de l’organisation du système actuel. Le but est de proposer une vision et d’ouvrir la discussion sur des actions pratiques à effectuer :

  1. Décider d’objectifs communs à l’échelle nationale, permettant de renforcer la gouvernance et la cohésion du système. Augmenter le partage de l’information et les interactions entre les individus, mais également entre zones rurales.
  2. Rediriger et augmenter les investissements publics vers les orientations stratégiques, en créant par exemple un fond dédié à l’innovation agricole. Diversifier les sources de financement en stimulant la concurrence et les partenariats public-privé (co-investissement) afin d’attirer les investissements privés (multinationales). Développer la culture du risque en jouant sur les incitations fiscales ou les fonds public (en particulier pour les start-ups). Intensifier les activités commerciales basées sur la propriété intellectuelle.
  3. Prescrire aux projets de recherche de comporter une finalité liée avec les besoins du consommateur et/ou de l’utilisateur final, et si approprié, de traiter les options de commercialisation, ainsi que les stratégies d’adoption. Attirer les talents et les jeunes générations d’entrepreneurs, amplifier les collaborations internationales.
  4. Renforcer les régions et les groupes agricoles existants, piliers des orientations et de l’expertise du système. Créer de nouvelles communautés inter-régionales voir internationales basées sur des spécificités communes.
  5. Créer des infrastructures physiques pertinentes (laboratoires, incubateurs, …), intégrer les nouvelles technologies aux pratiques (Big Data, Machine Learning, IA, drones, capteurs, IA, etc.). Dans un premier temps, continuer les améliorations en cours, comme le rail intérieur, le « NBN » et le « Mobile Black Spot Program » (initiative du gouvernement fédéral visant à améliorer et à étendre la couverture de la téléphonie mobile, en particulier dans les régions reculées d’Australie).

Une feuille de route conclue le rapport, proposant une mise en route du nouveau système sur 3 ans (2019-2022) pour une arrivée à maturité d’ici 2050 (Ndlr : objectif annoncé à 2030 lors du discours officiel de lancement du rapport). Cette mise en place passe par l’établissement d’un système de gouvernance temporaire à l’échelle nationale, liant les différents acteurs autour de la construction d’objectifs communs sur le long terme faisant ressortir les recommandations énoncées.

Actuellement, la recherche et l’innovation dans le secteur agronomique australien bénéficient d’une bonne reconnaissance, en particulier dans le domaine des manipulations génétiques (cross-breading).

A titre d’exemple, une équipe du CSIRO (dont fait parti un français, Viven Rolland) a peut-être découvert comment cultiver du coton naturellement coloré. Grand producteur et exportateur de coton, cette percée pourrait transformer l’industrie textile australienne. Des productions de coton plus résistant et plus élastique sont également en cours de développement.

Regarder la vidéo : La conquête du coton : Des scientifiques australiens découvrent comment cultiver du coton coloré (@ABC Landline)
https://www.abc.net.au/landline/cotton-conquest:-australian-scientists-discover/12400460?jwsource=cl

Dernière modification : 22/07/2020

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