L’avenir de la biologie synthétique en Australie #ST44 [en]

En 2018, l’Australian Council of Learned Academies (ACOLA) avait publié un rapport sur l’avenir de la biologie synthétique en Australie, champ scientifique en plein essor. Ce terme encore nouveau pour le public regroupe un ensemble de technologies qui ont pour but de concevoir et de synthétiser de nouveaux systèmes et fonctions biologiques, avec des applications dans les secteurs pharmaceutique, chimique, agricole et environnemental. Ainsi, une première pierre avait été posée sur l’identification des applications (marchés) ou éléments de la chaîne de valeur sur lesquelles l’Australie pourrait se spécialiser, ainsi que les étapes pour y parvenir (acceptation sociale, normes et législations, protection de la propriété intellectuelle, incitations financières, infrastructures de recherche et de productions).

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A sa suite, une enquête a été menée pour mesurer l’attitude du public à l’égard de la biologie synthétique par l’unité Synthetic Biology Future Science Platform (plateforme scientifique sur l’avenir de la biologie synthétique) de l’agence scientifique nationale australienne, le CSIRO. L’enquête, la première de ce type en Australie, analyse les opinions d’un échantillon représentatif recruté de 8 037 Australiens afin de déterminer les attitudes actuelles à l’égard de ces technologies émergentes. Pour cela le panel a été invité à examiner comment les nouvelles technologies de biologie synthétique pourraient aider à résoudre sept défis environnementaux, industriels ou sanitaires auxquels l’Australie est confrontée :

  • Éliminer l’abattage des poussins mâles dans l’industrie de la ponte
  • Restaurer la Grande Barrière de Corail
  • Protéger les espèces menacées
  • Gérer les espèces nuisibles envahissantes
  • Réduire la pollution des cours d’eau
  • Modifier les propriétés des fibres naturelles
  • Réduire les maladies transmises par les moustiques

L’adéquation de la technologie a été évaluée pour chaque cas par un questionnement en trois volets

  1. l’évaluation du problème (pourquoi est-ce une préoccupation ?),
  2. l’évaluation technique (quelle est l’efficacité des stratégies actuelles et de celle proposée ?)
  3. la faisabilité sociale (perceptions des utilisateurs et des parties prenantes).

Les résultats ont été publiés en février 2021, et font ressortir un sentiment général "curieux", "optimiste" et "enthousiaste" des australiens quant à la manière dont la biologie synthétique pourrait résoudre les problèmes soumis. 85% des personnes interrogées n’avaient que peu ou pas de connaissances sur la biologie synthétique et ses applications, et la majorité a exprimé le souhait d’en savoir plus.

Dans les sept cas, plus de 81 % des australiens ont indiqué que le public devrait avoir accès à des résumés accessibles des rapports scientifiques sur lesquelles se basaient ces solutions, en particulier concernant les risques (plus de 72%). Ainsi, le public serait plus intéressé par la compréhension des risques et le processus de gestion de ces risques que par la compréhension des avantages de ces technologies. Dans chaque cas, les préférences en matière de média allaient dans le sens d’un échange d’informations passif (par exemple, par le biais des médias sociaux) axé sur les risques éventuels et la manière dont ils seraient gérés.

Enfin, entre 39 et 44 % des australiens interrogés (selon le cas d’étude) estiment qu’il est important de consulter le public afin que leur opinion puisse être prise en compte lors de la prise de décision. Une moindre proportion (entre 35 et 43%) pense qu’il est nécessaire que le public soit tenu informé des décisions prises en matière de biologie synthétique.

Et après ?

Un second sondage a été clôturé par le CSIRO en début d’année, cette fois destiné à recueillir l’expérience et la vision des parties prenantes de l’industrie, du gouvernement et de la recherche sur l’écosystème australien actuel de la biologie synthétique, afin d’élaborer une feuille de route nationale. Cette feuille de route fournira une vision stratégique et commerciale, à l’horizon 2030/2040, de la manière dont l’Australie pourrait saisir les opportunités industrielles croissantes soutenues par la biologie synthétique. D’autres enquêtes pourraient suivre, ciblant les populations les plus directement touchés par des applications de technologies de biosynthèse spécifiques.

Néanmoins, le paysage australien a déjà commencé à se structurer et compte depuis 2020 un nouveau centre d’excellence en biologie synthétique (ARC Centre of Excellence in Synthetic Biology, 35 millions $AU sur 7 ans) coordonné par l’université de Macquarie. Celui-ci compte déjà une collaboration internationale dans le domaine avec la France (UMR Génie enzymatique et cellulaire, Université de technologie de Compiègne/ CNRS), l’Espagne et l’Allemagne, sur le dépôt d’un brevet améliorant les capacités nutritives des légumes (production de carotènes par des aliments qui n’en produisent pas originellement).

Dernière modification : 10/03/2021

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