La recherche sur les feux de forêt #ST4 [en]

L’Australie a subi pendant plusieurs mois cet été une saison chaude exceptionnelle qui a alimenté des incendies dévastateurs.
Quels facteurs climatiques entrent en compte dans cet épisode sans précédent ?
Quelles sont les forces de recherche australiennes dans ce domaine, et comment promouvoir les collaborations ?

L’impact des feux en Australie

L’Australie a subi pendant plusieurs mois cet été une saison chaude exceptionnelle qui a alimenté des incendies dévastateurs. Plus de 8 millions d’hectares ont brûlé, dont 1.2 millions dans le Victoria, 155 000 sur Kangaroo Island en Australie méridionale, dégradant significativement la qualité de l’air des agglomérations majeures de la côte Est. 1 milliard d’animaux ont été tués ou affectés par les incendies (destruction d’habitat, manque d’eau ou de nourriture). 2.3 millions de bovins et 8.6 millions d’ovins se trouveraient dans les zones impactées par les feux, soit respectivement 9% et 12% des cheptels nationaux.

Les facteurs climatiques

Selon l’analyse de Météo France et du Bureau de Météorologie australien, les conditions extrêmes que l’Australie a connues cet été (températures particulièrement élevées et précipitations très faibles) sont dues à de fortes anomalies de circulation atmosphérique à grande échelle, qui se sont ajoutées au contexte de réchauffement global. L’Australie a subi ainsi notamment les effets de la phase fortement positive de l’oscillation appelée Indian Ocean Dipole (IOD), à quoi s’est ajoutée aussi une phase négative de l’Oscillation Antarctique (AAO) qui s’est installée au cours du printemps austral :

  • Le Dipôle de l’Océan Indien, aussi appelé El Nino indien, est un phénomène d’interaction entre l’océan et l’atmosphère caractérisé par une oscillation des températures de surface de l’océan entre sa partie Est et Ouest. Il est positif quand la température de la surface de l’eau est supérieure à la normale à l’Ouest et inférieure à la normale à l’Est. Celui-ci a été dans une phase positive d’une ampleur rarement observée au cours de la deuxième moitié d’année 2019, atteignant un pic en octobre et novembre, favorisant des mouvements atmosphériques descendants et une sécheresse chronique sur l’Australie.
  • L’oscillation antarctique, phénomène de variation de la pression entre l’Antarctique et le sud de l’Océanie, était dans une phase négative, favorisant l’apport d’air chaud et sec du désert australien vers la frange littorale Sud-Est, et une atmosphère venteuse, aggravant le risque et la propagation des incendies.
    Les études climatiques semblent indiquer que ces deux phénomènes sont accentués par la forte concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, avançant la date du début de la saison à risque avec des hausses de températures extrêmes, et des sécheresses plus intenses et durables. La tendance va donc vers une multiplication de la fréquence et de l’intensité de tels épisodes, augmentant ainsi les risques et la violence des incendies.

La recherche australienne dans le domaine des feux de forêt

Alors que le gouvernement australien est contesté sur son analyse et son action face à cette crise, le secteur académique joue un rôle important pour développer la recherche et mettre en œuvre des moyens de prévention et de lutte contre les incendies.

  • Les études en climatologie sont principalement menées par le Bureau of Meteorology et le Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation (CSIRO). Un centre d’excellence sur les événements climatiques extrêmes (Climate Extreme Centre of Excellence 2017-2024) rassemble cinq universités australiennes et des organisations nationales et internationales d’excellence.
  • Concernant la recherche plus spécifique sur les feux de forêt, le Centre de Recherche Collaborative sur les feux de brousse et les dangers naturels (Bushfire and Natural Hazards CRC, 2013-2021) réunit l’ensemble des acteurs (services d’urgence et de gestion territoriale gouvernementaux, agences de recherche fédérales, défense, associations de protection et organismes académiques) pour développer une recherche guidée par les besoins des utilisateurs finaux (communautés, pompiers, propriétaires...), et visant à la mise en place d’outils de prédiction, de gestion et de lutte contre les feux de forêt et les catastrophes naturelles, mais aussi d’aide à la décision pour une meilleure prévention, tenant compte de valeurs non inclues dans nos économies et pourtant précieuses, telles que la protection de la biodiversité, ou le maintien d’un air respirable…
  • En Nouvelle-Galles du Sud, état particulièrement vulnérable aux incendies, un Centre sur la gestion des risques d’incendie de brousse (NSW Bushfire Risk Management Research Hub 2018-2021) travaille sur la gestion des zones à risque et étudie les stratégies de réduction de la vulnérabilité aux incendies.
  • Suite aux épisodes et à la violence des incendies de cette année, le ministre australien de l’éducation, Dan Tehan, a annoncé le 12 janvier 2020, parmi les lauréats du programme Linkage project de l’ARC, une subvention de 524 000 $ pour le développement d’un système d’alerte précoce des feux, via la création d’un modèle permettant de prévoir la teneur en humidité des combustibles forestiers. Ce projet sera intégré au centre sur la gestion des risques d’incendie de brousse de la Nouvelle-Galles du Sud, et travaillera en collaboration avec le Centre de Recherche Collaborative sur les feux de brousse et les dangers naturels.

Le paysage de la recherche australienne sur les incendies de forêt est donc particulièrement intense et les collaborations internationales dans ce domaine offrent de grandes opportunités. À l’échelle de l’Europe, dans le cadre des investissements du programme Horizon 2020, le projet de coordination avec l’Australie sur la gestion des feux GEO-SAFE (Geospatial based Environment for Optimisation Systems Addressing Fire Emergencies, 2016-2020) travaille sur des modèles pour améliorer les prévisions, la prévention, la gestion et les interventions en cas d’incendie. Nous espérons que ce genre de collaboration va se poursuivre et se développer au-delà de 2020.

FIRE-IN Project avec Sébastien Lahaye

Sébastien Lahaye, nous présente FIRE-IN project et les futures collaborations entre la France et l’Australie

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http://www.meteofrance.fr/actualites/78326305-australie-comment-expliquer-la-chaleur-extreme
https://urlz.fr/bC8d
https://www.nature.com/articles/s41467-018-03789-6#Abs1
https://www.bnhcrc.com.au/
https://www.uow.edu.au/science-medicine-health/research/cermb/nsw-bushfire-risk-management-research-hub/
https://www.westernsydney.edu.au/newscentre/news_centre/more_news_stories/arc_linkage_bushfire
https://cordis.europa.eu/project/id/691161

Dernière modification : 08/07/2020

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