Les peuples autochtones à l’épreuve du Covid-19 #ST26 [en]

Irène Bellier, anthropologue et chercheuse au CNRS, a analysé un vaste ensemble de données pour évaluer l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les populations autochtones du monde.

Dans le monde entier, environ 6 000 sociétés, dont la population varie de plusieurs centaines de milliers de personnes à quelques dizaines d’individus, sont appelés indigènes. Ils sont les premiers habitants de territoires qui furent plus tard occupés par les puissances colonisatrices.

Les études d’Irène Bellier montrent que les taux de mortalité sont plus élevés dans la plupart des communautés autochtones en raison de leurs conditions socioéconomiques défavorables, qui accroissent leur vulnérabilité à ce nouvel agent infectieux. Le manque de points d’eau à proximité des habitations, la rareté des centres hospitaliers, les facteurs de comorbidité (maladies cardiovasculaires, obésité, diabète, etc.) qui affectent leur capacité à résister au virus sont les facteurs expliquant leur vulnérabilité.

Les populations indigènes ont réagi à la menace en essayant d’isoler leurs communautés. En Amérique du Sud, ils ont bloqué l’accès à leur territoire, et ont réactivé l’ancienne pratique de la quarantaine, appliquée à tous ceux qui revenaient d’un voyage en ville. Certaines populations brésiliennes et sumériennes se sont réfugiées au cœur de la forêt, loin des foyers de contamination. Ces mesures, pas toujours respectées par les populations non autochtones n’ont pas toujours été efficaces. Faute de tests, de médicaments et de désinfectants, certaines populations ont recouru à l’utilisation de traitements traditionnels à base de plantes.

Ces populations voient un lien très fort entre la « santé » de la terre et celle de ses habitants. Dans les Amériques, le virus est perçu comme un signe de désordre, lié à une perturbation de l’équilibre de leur environnement. Pour les Mapuches du Chili, cette épidémie serait le résultat de transgressions sur les espaces sacrés que sont la mer, les collines, les lacs et les rivières, à la suite de la mise en exploitation industrielle de ces territoires. 

Mais l’analyse d’Irène Bellier indique que pour les populations autochtones, les effets néfastes de la COVID-19 ne se limitent pas à la santé. Au nom du « développement économique », les processus juridiques pour l’obtention du consentement des Autochtones concernant tous projets qui pourraient avoir une incidence sur leur mode de vie, se sont effondrés. Depuis le début de la pandémie, leurs territoires ont fait l’objet de plus en plus d’abus avec des projets d’exploitation minière, pétrolière, agro-industrielle.

https://news.cnrs.fr/articles/indigenous-populations-hard-hit-by-covid-19

Dernière modification : 29/10/2020

Haut de page