Perspective mondiale sur les investissements, le déploiement, et la compétitivité des technologies de l’hydrogène

Le conseil sur l’hydrogène vient de publier un rapport d’étude sur les investissements, le déploiement, et la compétitivité des technologies de l’hydrogène dans le monde. Cette étude couvre tout l’écosystème, depuis le marché de l’hydrogène, la trajectoire des coûts de production, des infrastructures de stockage et de transport, jusqu’aux utilisations finales telles que mobilité, énergie, et procédés industriels.

Des investissements importants et des stratégies nationales de déploiement :

Des investissements de plus de 300 milliards US$ d’ici 2030 ont été annoncés pour réaliser plus de 200 projets, dont 85% en Europe, Asie et Australie. Parmi ces investissements, seulement 80 US$ sont dirigés vers des technologies considérées matures. Cette tendance est soutenue par des mesures d’incitation mises en place par les gouvernements (taxes carbone, objectifs sur les émissions, et stratégies hydrogène, ainsi que le financement de 70 milliards US$ des investissements sur l’hydrogène).

Un coût de production d’hydrogène en baisse :

Avec l’installation de projets à grande échelle et un cadre de régulation adapté, le coût de production de l’hydrogène propre devrait diminuer rapidement.
La baisse rapide du prix de l’énergie renouvelable est le ressort le plus important pour réduire le coût de production de l’hydrogène vert. L’Australie est bien placée pour bénéficier des ressources renouvelables (avec le Chili, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient), mais aussi pour développer des projets de grande ampleur, alliant solaire et éolien à des capacités croissantes d’électrolyseurs. Ce secteur devrait croître mondialement de 3GW par an jusqu’à 90GW en 2030, et le prix de l’électrolyse baisser par économie d’échelle. Le prix de l’hydrogène renouvelable pourrait ainsi diminuer de 1,4 à 2,3 US$ par kilo d’ici 2030.
En parallèle, le coût de la production d’hydrogène propre à partir de gaz naturel ou de lignite devrait baisser, avec des technologies de capture de CO2 plus efficaces, et des dépenses d’exploitation plus basses. Si le transport et les sites de stockage du carbone sont développés à échelle, l’hydrogène de basse émission pourrait revenir au prix de l’hydrogène gris d’ici 2030.

Distribution et conversion de l’hydrogène :

A long terme, la mise en œuvre d’un réseau de gazoduc présente la solution la plus économique pour la distribution d’hydrogène, surtout si l’industrie réutilise une partie des gazoducs déjà existants, mais même avec des canalisations spécifiques pour l’hydrogène. Sur le court et moyen terme, l’utilisation de l’hydrogène à proximité de son lieu de production est plus avantageux, avec un coût de transport par camion qui reviendrait autour de 1 US$ par Kilo. Le transport sur une distance plus importante pourrait se faire par bateau, en convertissant l’hydrogène sous forme liquide ou solide (LH2, LOHC ou NH3) pour diminuer les volumes. Le rapport estime qu’avec un commerce à grande échelle, le coût de transport en 2030 devrait tourner autour 2 à 3 US$ par Kilo, les coûts de conversion et de reconversion étant les plus lourds.

Utilisations :

Des coûts de production et de distribution d’hydrogène vert moindres devraient favoriser particulièrement le secteur de l’industrie, qui l’utilise dans la raffinerie et la production de fertiliseurs et d’acier, et permettre une dé-carbonisation efficace de ces secteurs. Les prix de production pourraient devenir compétitifs en 2030 par rapport aux produits à haute émission de carbone.
Dans le secteur du transport, les batteries à hydrogène et les piles à combustibles progressent rapidement, et proposent des applications économiquement prometteuses en particulier pour les poids-lourds long-courriers. De plus, les moteurs à combustion d’hydrogène offrent une alternative viable sur ce segment. Des applications pour le transport ferroviaire, maritime et aérien sont en cours de réalisation, avec comme solutions les plus viables, l’ammonium comme carburant des navires, l’hydrogène ou l’hydrogène liquide pour l’aviation de courte à moyenne portée, et les carburants synthétiques pour l’aviation de longue portée.
D’autres secteurs tels que bâtiment ou énergie devraient devenir compétitifs économiquement et en termes d’émissions de carbone à plus long terme, mais devraient être soutenus car ils constituent un élément de dé-carbonisation du réseau gazier.

Déploiement :
Des mesures concrètes doivent suivre les diverses stratégies nationales pour mettre en place une feuille de route et le cadre réglementaire nécessaire, en particulier à un niveau sectoriel où un écosystème spécifique devra être développé (ex : l’industrie de l’acier). Le rapport encourage un déploiement en clusters, avec un grand nombre d’acheteurs à grande échelle, afin de partager les coûts et les risques de la production d’hydrogène. Ces clusters pourraient être dans des zones portuaires (combinant capacité de stockage, de logistique et de transport), dans des centres industriels (pour soutenir le raffinage, la production de fertiliseurs, d’acier et d’énergie) ou dans des centres à l’étranger.

Ce rapport insiste sur le fait que les prix et les technologies ont évolué beaucoup plus vite de prévu, et avec une dynamique inédite. Les prochaines années sont donc cruciales pour ce secteur, associé de près au défi du changement climatique.

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Dernière modification : 16/03/2021

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