Stratégie pour le développement de l’hydrogène décarboné en France #ST25 [en]

La France oriente sa stratégie vers la production d’hydrogène vert via le développement et le déploiement d’électrolyseurs ; et vers l’utilisation d’hydrogène dans l’industrie et les transports lourds.

L’hydrogène est aujourd’hui largement produit à partir d’énergies fossiles via des procédés fortement émetteurs de gaz à effet de serre, mais il peut également être produit par électrolyse de l’eau, à partir d’électricité. La France, ayant un mix électrique faiblement émetteur de CO2, est donc avantagée pour produire un hydrogène décarboné.

Depuis 2018, la France met en œuvre un plan hydrogène au travers de programmes de soutien des entreprises et de la recherche, pour le développement de nouvelles technologies et le montage de projets et démonstrateurs. Aujourd’hui, la filiaire hydrogène est identifié comme prioritaire par le conseil français de l’innovation, lui faisant bénéficier d’une partie de la future vague d’investissements d’avenir du gouvernement, mais aussi par l’écosystème industriel et de recherche français ainsi que par les collectivités territoriales.

La stratégie française s’appuie sur une large consultation de l’ensemble des acteurs (recherche, entreprises, institutionnels,…) et présente trois objectifs :

  • Une production significative d’hydrogène décarboné par l’installation suffisante d’électrolyseurs
  • Le développement de mobilités propres en particulier pour les véhicules lourds
  • Le développement d’une filière industrielle créatrice d’emplois et garante de notre maîtrise technologique

La stratégie nationale prévoit d’allouer 7 milliards d’euros de soutien public jusqu’en 2030 avec trois priorités : le soutien à la R&D permettra de développer des technologies plus performantes pour l’ensemble de la filiaire hydrogène (production, transport, stockage, usage) ; le soutien aux premières commerciales et à l’industrialisation combinera une approche européenne (partenariats avec d’autres pays pour développer des projets d’envergure) et nationale ; et le soutien au déploiement permettra des économies d’échelle et la baisse des coûts de production.

Les interventions mises en avant dans cette stratégie pour la période 2020-2023 correspondent aux principaux marchés de l’hydrogène. Il s’agit de faire émerger une filière française de l’électrolyse pour décarboner l’industrie, de développer une mobilité lourde fonctionnant à l’hydrogène décarboné, et de soutenir la recherche, l’innovation et le développement de compétences afin de favoriser les usages de demain.

Priorité 1 : Faire émerger une filière française de l’électrolyse pour décarboner l’industrie

Les technologies d’électrolyse de l’eau sont favorisées par cette stratégie, étant le procédé de production d’hydrogène décarboné le plus prometteur dans le contexte français. Le pays se fixe un objectif de 6,5 GW d’électrolyseurs installés en 2030 et propose des outils pour développer des projets de grande capacité et passer à l’échelle industrielle. L’exemple d’une mise en œuvre européenne est donné, dans une logique d’intégration de la chaîne de valeur au niveau européen.

Une production décarbonée d’hydrogène permettra de réduire les émissions industrielles, puisque l’industrie est aujourd’hui le premier consommateur, en particulier pour le raffinage des carburants, la chimie (production d’ammoniac et de méthanol), ou encore l’électronique ou l’agroalimentaire. La stratégie française propose de soutenir l’adaptation et le développement des procédés industriels aux technologies utilisant l’hydrogène, et de mettre en place des mécanismes incitant l’utilisation de l’hydrogène vert.

Priorité 2 : Développer une mobilité lourde à l’hydrogène décarboné

L’utilisation de l’hydrogène est particulièrement adaptée aux transports lourds (en particulier aérien, ferroviaire et maritime) puisqu’elle présente des avantages de puissance et d’autonomie. La stratégie française propose un ensemble d’outils permettant de produire des véhicules fiables, de disposer d’équipements performants et évolutifs, et de développer les compétences pour produire et entretenir ce secteur. Par exemple, un appel à projets est doté de 350 millions d’euros sur 3 ans pour développer des composants et systèmes technologiques pouvant servir à la production, au transport et à l’utilisation de l’hydrogène, notamment pour son utilisation dans le transport.

La stratégie française propose également de coordonner le secteur industriel et les collectivités territoriales pour synchroniser l’émergence de l’offre et le développement des usages, et accélérer le déploiement des transports utilisant l’hydrogène à l’échelle des territoires. Un appel à projets doté de 275 millions d’euros sur 3 ans soutiendra les « hubs territoriaux d’hydrogène », rassemblant collectivités et industries pour l’établissement d’écosystèmes territoriaux regroupant différents usages de l’hydrogène (industrie et mobilité).

Priorité 3 : Soutenir la recherche, l’innovation et le développement de compétences afin de favoriser les usages de demain

L’utilisation de l’hydrogène est multiple : stockage d’énergie renouvelable pour améliorer la stabilité des réseaux énergétiques, usages dans l’industrie, le transport, notamment avions et navires, ou dans les réseaux gaziers... La stratégie française vise à poursuivre l’effort de R&D pour rester à la pointe de la technologie dans ce domaine, et à soutenir l’industrialisation des technologies émergentes. Un programme de recherche spécialement dédié aux applications de l’hydrogène sera doté de 65 millions d’euros en 2021.

Avec le développement des usages de l’hydrogène, le besoin de compétences sera plus important dans de nombreux secteurs d’activités (transport, environnement, sécurité, ingénierie, recherche…). L’état français accompagnera le développement de nouveaux cursus auprès des établissements d’enseignement scolaire et/ou supérieur, et auprès des entreprises du secteur afin de mettre en œuvre des formations spécifiques.

Cette stratégie se présente dans la lignée de la stratégie européenne pour atteindre les objectifs climatiques et de création d’emplois industriels. La Commission européenne a créé la Clean Hydrogen Alliance, qui permettra d’organiser et de coordonner les activités des Etats membres et des différents industriels sur cette thématique, et à laquelle la France contribuera activement.

L’Australie est également tournée vers une production à grande échelle d’hydrogène propre, issu de l’électrolyse de l’eau par des énergies renouvelables, ou issu de ressources fossiles couplées à des technologies de capture et stockage du carbone émis.

La France comme l’Australie sont intéressées à développer leurs collaborations internationales dans ce domaine au-delà de leur région proche (Europe pour la France et Asie-Pacifique pour l’Australie), et de nombreuses opportunités de montage de programmes conjoints restent à définir et à exploiter. La partie Recherche commence à s’organiser, avec par exemple la création d’un IRN (International Research Network) associant quatre laboratoires australiens et 8 laboratoires français, mais les possibilités de coopérations industrielles sont encore largement sous-dimensionnées. La France et l’Australie ont cependant de nombreux domaines de collaboration potentiels, depuis la technologie de l’électrolyse pour la production d’hydrogène vert, aux technologies permettant l’utilisation de l’hydrogène dans les industries et pour la mobilité lourde.

Dernière modification : 22/10/2020

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